Lanceurs d’alerte : 5 points à retenir du rapport du Défenseur des droits
Selon le Rapport bisannuel 2024/2025 publié le 28 mai 2026
Combien d’entreprises de plus de 50 salariés peuvent prouver aujourd’hui que leur procédure de recueil des signalements fonctionne vraiment ? Beaucoup se contentent d’un mail générique affiché sur l’intranet. Le deuxième rapport bisannuel du Défenseur des droits, publié le 28 mai 2026, montre que le cadre légal est désormais mieux connu. Mais sa mise en œuvre reste fragile sur plusieurs points précis. Voici les 5 enseignements à retenir pour sécuriser votre dispositif.
1. L’alerte interne, un outil de prévention des risques, pas une contrainte administrative
Le rapport constate une meilleure appropriation du droit des lanceurs d’alerte par les employeurs, publics et privés, depuis la réforme de 2022. Les employeurs identifient désormais mieux les dispositifs issus de la loi Sapin II. Pourtant, les canaux formalisés reçoivent encore peu d’alertes.
Le message du Défenseur des droits est clair : l’alerte interne n’est plus une simple obligation formelle. Elle couvre des champs très larges. Corruption, harcèlement, discriminations, atteintes à l’environnement, dysfonctionnements internes, irrégularités dans les marchés publics, détournements de fonds : tous ces sujets entrent dans son périmètre.
💡 Un dispositif d’alerte bien identifié en interne réduit le risque qu’un salarié saute directement à l’alerte externe. À la clé : moins d’exposition médiatique et juridique pour l’entreprise.
2. Obligation de procédure formalisée à partir de 50 salariés
Les entités atteignant le seuil de 50 salariés doivent mettre en place une procédure de recueil et de traitement des signalements. Cette obligation découle du décret n° 2022-1284 du 3 octobre 2022. En dessous de ce seuil, le salarié peut adresser son alerte directement à son supérieur hiérarchique, à l’employeur, ou à un référent désigné.
⚠️ Le rapport souligne un point important : aucune sanction spécifique ne punit l’absence de procédure. Mais ne sous-estimez pas le risque pour autant. Si votre canal interne manque de crédibilité ou de sécurité, le salarié peut se tourner directement vers une autorité externe : Défenseur des droits, autorité judiciaire, ou autorité administrative compétente selon les faits. Vous perdez alors totalement la maîtrise du traitement de l’alerte.
En clair, une procédure non formalisée n’est pas illégale en soi. Mais elle expose l’entreprise à une alerte externe directe, avec un risque réputationnel réel et un contrôle qui lui échappe complètement.
3. La confidentialité, point de vigilance numéro un
L’obligation de confidentialité s’impose dès la réception du signalement. Elle protège l’identité du lanceur d’alerte, celle des personnes visées, des tiers mentionnés, ainsi que toutes les informations recueillies. Or sa violation dissuade fortement les salariés d’utiliser les dispositifs internes.
Le Défenseur des droits recommande donc plusieurs mesures concrètes :
- Communiquez explicitement sur les garanties de confidentialité auprès des salariés
- Sécurisez techniquement les procédures de recueil (accès restreint, traçabilité)
- Limitez strictement le nombre de personnes ayant accès au dossier
- Rappelez par écrit l’obligation de confidentialité à chaque enquêteur et personne auditionnée
- Faites signer des attestations de confidentialité aux personnes impliquées dans le traitement
Pour une PME sans service juridique dédié, ce point se joue souvent dès la première alerte reçue. Qui a accès au dossier en RH, en direction, en management direct ? Sans réponse claire définie en amont, la confidentialité est déjà compromise.
4. Les signalements anonymes doivent être pris en compte
Le rapport encourage les entités à accepter les signalements anonymes, sauf cas particulier. Cette règle s’applique dès que le signalement est suffisamment circonstancié ou permet d’échanger avec son auteur. Attention toutefois à une limite pratique : l’anonymat ne protège pas toujours réellement. Selon le niveau de détail des faits rapportés, l’enquête peut identifier l’auteur, sans qu’il y ait faute de l’employeur.
Votre procédure interne doit donc anticiper deux éléments. D’une part, le traitement réservé aux alertes anonymes. D’autre part, un dialogue avec l’auteur, lorsque c’est matériellement possible, sur les risques d’identification liés aux investigations à venir.
5. L’enquête interne, étape décisive mais non réglementée
Dernier point, et non le moindre : aucun cadre légal complet n’encadre l’enquête interne qui suit un signalement. Pourtant, elle constitue souvent l’étape la plus sensible du processus. Une enquête mal conduite fragilise plusieurs parties à la fois : le lanceur d’alerte, les victimes éventuelles, la personne mise en cause, et l’employeur lui-même sur le plan juridique.
Le Défenseur des droits recommande donc de structurer un cadre d’enquête garantissant quatre principes : indépendance, impartialité, célérité, et prévention des représailles envers le lanceur d’alerte pendant toute la durée de l’investigation.
Ces cinq points mènent à une seule conclusion opérationnelle : la conformité formelle ne suffit plus. Avoir un dispositif sur le papier ne protège plus l’entreprise. Désormais, le Défenseur des droits regarde la robustesse réelle du circuit, de la réception du signalement jusqu’à la clôture de l’enquête.
Votre procédure de recueil des signalements existe sur le papier. Mais avez-vous testé sa robustesse en conditions réelles ? La Team Shaker accompagne les entreprises dans la structuration et la sécurisation de leurs dispositifs d’alerte interne.



