Arrêts de travail : ce que le plan gouvernemental d’avril 2026 change concrètement pour les employeurs
Le plan présenté par le Gouvernement le 9 avril 2026 ne crée pas — pour l’instant — de nouvelles obligations immédiates pour les entreprises. Pourtant, il envoie un signal très clair : l’absentéisme devient un sujet de politique publique prioritaire, avec des outils de contrôle renforcés, des échéances précises et une pression croissante sur les employeurs. Voici ce qu’il faut en retenir, et surtout ce qu’il faut anticiper.
Le contexte chiffré : une dynamique qui n’est plus tenable
Avant de décortiquer les mesures, quelques données qui posent le cadre. Entre 2019 et 2024, le nombre d’arrêts de travail indemnisés a augmenté de 10 %, pour atteindre 9,1 millions. Les dépenses d’indemnités journalières (IJ) versées par l’Assurance maladie s’élèvent à 17,9 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 7 milliards depuis 2016. La France se situe au 5e rang des pays de l’OCDE avec environ 21 jours d’absence par an — derrière l’Espagne seulement, parmi les grandes économies européennes. Et pour les entreprises, le coût total de l’absentéisme (direct + indirect) est estimé à près de 100 milliards d’euros par an. Ces chiffres ne sont pas là pour culpabiliser. Ils expliquent pourquoi l’État intervient, et pourquoi les entreprises ne peuvent plus se contenter de « gérer » l’absentéisme sans le piloter vraiment.
Ce que la LFSS 2026 change dès le 1er septembre 2026
C’est la mesure la plus structurante du dispositif, et elle entre en vigueur rapidement. À partir du 1er septembre 2026, les prescriptions d’arrêt de travail seront plafonnées :
- 1 mois maximum pour un premier arrêt
- 2 mois maximum en cas de prolongation
Des exceptions existent — notamment lorsque la recommandation de durée de la Haute Autorité de Santé (HAS) pour la pathologie concernée est supérieure à ces seuils. Mais c’est désormais l’exception, pas la règle.
Autre mesure issue de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 : les motifs d’arrêt devront obligatoirement être renseignés par les médecins prescripteurs. Cela permettra un meilleur suivi statistique et un contrôle plus ciblé.
Pour les arrêts liés à un accident du travail ou une maladie professionnelle (AT-MP), la durée de versement des IJ sera limitée à 4 ans maximum pour les sinistres survenant à compter de 2027, à l’issue desquels une indemnisation au titre de l’incapacité permanente prend le relais.
Ce que ça signifie concrètement : un salarié en arrêt pour une lombalgie commune ou des troubles anxio-dépressifs légers ne pourra plus obtenir d’emblée un arrêt de 3 mois sans renouvellement explicite. Le médecin devra réévaluer plus régulièrement. Cela réduit mécaniquement les arrêts longs de confort.
Les nouveaux outils de contrôle qui concernent directement les employeurs
Le plan renforce aussi les leviers des employeurs face aux situations abusives, un sujet jusqu’ici difficile à actionner.
Le signalement des arrêts anormaux sera simplifié. D’ici fin 2026, un service dédié permettra aux employeurs de signaler à l’Assurance maladie les situations qui leur semblent injustifiées. Aujourd’hui, ce recours existe théoriquement via la contre-visite médicale patronale (prévue à l’article L.1226-1 du Code du travail), mais il est peu utilisé en pratique faute d’interlocuteur clair.
Le nomadisme médical sera sanctionné. En 2024, plus de 13 000 assurés se sont fait prescrire des arrêts par 5 médecins différents dans l’année. Un décret annoncé pour l’automne 2026 permettra de sanctionner ces comportements abusifs.
Le télécontrôle est désormais opérationnel. L’Assurance maladie peut convoquer les assurés à distance — et depuis début 2026, plus de 2 500 assurés ont déjà fait l’objet d’un contrôle par ce biais. Les médecins mandatés par l’employeur pour une contre-visite peuvent désormais également convoquer le salarié au cabinet.
Ce que le plan attend des entreprises : anticiper, pas subir
Le Gouvernement ne se contente pas de contrôler les assurés. Il met aussi les entreprises à fort absentéisme sous pression — et la logique est clairement incitative, avant d’être coercitive. Les entreprises dont le taux d’absentéisme est anormalement élevé (au moins 50 % supérieur à la moyenne de leur secteur) seront accompagnées par l’Assurance maladie. En 2024, environ 1 100 entreprises de 150 salariés ou plus étaient dans ce cas. Mais si une entreprise refuse les offres d’accompagnement et maintient un absentéisme atypique sur plusieurs années sans mesures correctives, un signalement sera transmis au ministère du Travail. Ce n’est pas une sanction directe, mais c’est un outil de pression inédit.💡 Outil disponible dès maintenant : un kit employeur a été mis en ligne sur travail-emploi.gouv.fr depuis le 10 avril 2026. Il permet de réaliser un auto-diagnostic et d’identifier les ressources disponibles (CNAM, ANACT, INRS, CARSAT). À consulter sans attendre.
Prévention : le vrai levier que les entreprises sous-exploitent
Le plan insiste sur un constat documenté : les entreprises qui investissent dans la prévention sont aussi les plus performantes économiquement. Ce n’est pas un argument de salon — une étude DARES de novembre 2020 le confirme à caractéristiques comparables (secteur, taille, structure socioprofessionnelle).
Les axes prioritaires du plan sur ce volet :
- Déploiement de démarches QVCT (qualité de vie et conditions de travail) avec formation des managers
- Accompagnement des salariés en arrêt dès 60 jours via des parcours de réadaptation (TMS, troubles psychiques)
- Développement du temps partiel thérapeutique et du rendez-vous de liaison pour faciliter les reprises anticipées (outils créés par la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail)
- Publication prévue en mai 2026 du plan Santé Travail 2026-2030
Ce qu’il faut faire maintenant
Ce plan n’attend pas de réponse immédiate. Mais il crée des échéances concrètes à court terme :
- Avant septembre 2026 : vérifier que vos process internes de gestion des arrêts sont à jour, notamment sur la contre-visite médicale et les modalités de maintien en emploi
- Avant fin 2026 : identifier vos interlocuteurs CARSAT/SPST et prendre connaissance de votre positionnement sectoriel en matière d’absentéisme
- Dès maintenant : engager ou renforcer une démarche QVCT documentée — c’est aussi ce que le Gouvernement observe pour évaluer la bonne volonté des entreprises
Votre taux d’absentéisme vous préoccupe et vous ne savez pas par où commencer ? La Team Shaker peut vous aider à réaliser un diagnostic, à identifier vos leviers de prévention prioritaires et à structurer votre réponse RH face à ces nouvelles exigences. Prenons le temps d’en parler.



