Incendies en Gironde et dans les Landes : au-delà de l'activité partielle, les vraies questions RH qui se posent

Incendies en Gironde et dans les Landes : au-delà de l’activité partielle, les vraies questions RH qui se posent

Activité partielle, droit de retrait, DUERP à jour : depuis le déclenchement des incendies en Gironde et dans les Landes, tout dirigeant a ces trois réflexes en tête. C’est une bonne chose.

Mais sur le terrain, ces trois points ne posent pas le plus de difficulté aux RH et dirigeants que nous accompagnons. La vraie difficulté se joue après. Comment organiser un retour en présentiel dans un climat d’inquiétude ? Un salarié affirme qu’il ne reviendra pas : comment le traiter ? Une vulnérabilité réelle, une peur non objectivée : comment faire la différence ? Ces questions ne se posent pas qu’en Gironde, et pas seulement pour cet épisode.

Le report Urssaf/CPSTI, une démarche à anticiper

Avant d’entrer dans le vif du sujet RH, un rappel utile côté paie. L’Urssaf et le CPSTI ont activé des mesures d’urgence dès le 24 juillet 2026 pour les entreprises et indépendants touchés.

Si vous êtes employeur, un retard de déclaration lié aux incendies ne vous pénalisera pas. Vous pouvez demander un délai de paiement de vos cotisations. L’Urssaf remet d’office les pénalités liées à ce retard (contact : messagerie sécurisée ou 3957). Si vous êtes indépendant, vous pouvez reporter vos échéances sans pénalité (3698). Le CPSTI peut aussi verser une aide d’urgence allant jusqu’à 2 000 € en cas de sinistre.

💡 Ce n’est pas propre à la Gironde. Ce type de report existe pour toute entreprise touchée par un sinistre exceptionnel, où qu’elle soit en France.

Qualité de l’air et retour en présentiel : arbitrer sans céder à la peur générale

C’est la situation la plus fréquente que nous traitons cette semaine. Une entreprise dont les locaux ne sont ni évacués ni sinistrés. Mais plusieurs salariés hésitent, voire refusent, de revenir sur site après un épisode de fumées.

La règle est simple, mais elle demande de la rigueur. Vous pouvez mettre fin au télétravail exceptionnel dès que la situation le justifie. Ce dispositif s’appuie sur l’article L. 1222-11 du Code du travail. Il ne crée aucun droit acquis pour le salarié. C’est vous qui évaluez le risque, dans un sens comme dans l’autre, sans formalisme particulier.

Votre seule véritable obligation : documentez la décision de retour. Relevé Atmo France du jour, seuil de PM10 repassé sous le seuil d’alerte de 80 μg/m³, absence d’arrêté préfectoral sur la commune concernée. Cette preuve écrite vous protège en cas de litige. Mais elle sert surtout à apaiser les tensions avant le retour : expliquez votre décision à l’équipe, et restez disponible pour répondre aux questions.

  • Un salarié invoque une peur générale, sans fait précis pour l’appuyer (pas de zone évacuée, pas de symptôme, pas de vulnérabilité identifiée) : ce n’est pas un droit de retrait. C’est une absence injustifiée, sauf si un arrêt la couvre.
  • Si un salarié est vulnérable (femme enceinte, pathologie cardio-respiratoire chronique, immunodépression), il peut rester en télétravail même si le reste de l’équipe reprend en présentiel. Cette exception ne crée pas de précédent pour les autres.

Un retour différencié, salarié par salarié, selon la vulnérabilité réelle, n’a rien d’illégal ni d’injuste. C’est l’application stricte d’un principe simple : adapter les mesures de prévention à chaque situation, comme l’exige l’article L. 4121-1 du Code du travail.

Le point de vigilance oublié : le DUERP

Dans la précipitation du retour au travail, un document passe systématiquement à la trappe : la mise à jour du DUERP. Elle reste pourtant obligatoire dès que les circonstances le justifient (article L. 4121-3), avec consultation du CSE (article L. 2312-27). Un DUERP muet sur le risque de feu de végétation, l’exposition aux fumées ou le travail isolé constitue un point de fragilité. Les contrôleurs et les juges l’examinent en priorité en cas de contentieux.

Bien choisir son motif d’activité partielle

Dernier point technique, mais qui a un impact direct sur la durée de l’autorisation :

  • Votre entreprise est directement sinistrée (locaux touchés) ? Le motif est « sinistre ou intempéries de caractère exceptionnel » (3° de l’article R. 5122-1). L’autorisation peut aller jusqu’à 6 mois renouvelables.
  • Votre entreprise est impactée sans sinistre direct (zone évacuée, salariés empêchés) ? Le motif est « toute autre circonstance de caractère exceptionnel » (5° de l’article R. 5122-1). L’autorisation se limite à 3 mois, renouvelable dans la limite de 6 mois.

Dans les deux cas, vous pouvez déposer votre demande rétroactivement, sous 30 jours (article R. 5122-3).


Ces questions se posent aujourd’hui pour la Gironde et les Landes. Mais un épisode de canicule, un feu de forêt ailleurs en France, une pollution industrielle ponctuelle produiront le même effet demain. Le même arbitrage entre télétravail, retour en présentiel et gestion des inquiétudes se reproduira, sous une autre forme, pour n’importe quelle entreprise. Autant avoir les bons réflexes avant d’y être confronté.

Pour suivre les dispositifs en vigueur, sourcés et mis à jour en continu (activité partielle, Urssaf, ARS, aides Action Logement), consultez notre FAQ en ligne dédiée au sujet.