Comment accompagner les salariés proches aidants en entreprise ?

Être proche aidant : un rôle souvent invisible mais lourd de conséquences

Dans le tumulte du quotidien professionnel, une réalité reste souvent en marge : celle des salariés proches aidants. Ils sont parents, enfants, conjoints, parfois amis, qui, en parallèle de leur emploi, prennent soin d’un proche en situation de handicap, de maladie ou de perte d’autonomie. Ce rôle, exercé à titre non professionnel, mobilise du temps, de l’énergie, et génère un stress souvent méconnu par l’employeur.

Loin d’être marginale, l’aidance s’impose comme une donnée sociale durable. Elle peut être temporaire ou s’étendre sur plusieurs années, impactant la disponibilité, la concentration et même la santé des salariés concernés. Ces derniers ne se reconnaissent pas toujours comme aidants, et encore moins comme porteurs d’un besoin d’accompagnement spécifique.

Un salarié aidant sur quatre : une réalité à intégrer dans les politiques RH

D’après le Baromètre Santé et Qualité de Vie au Travail 2023 de Malakoff Humanis, près de 25 % des salariés sont aidants d’un proche en perte d’autonomie, malade ou en situation de handicap. Ce chiffre montre l’ampleur du phénomène. Et pourtant, dans les entreprises, ces situations restent souvent silencieuses.

Les conséquences ne sont pas anodines : micro-absences, retards, baisse de productivité, arrêts maladie répétés, épuisement physique et émotionnel. Les collaborateurs aidants jonglent entre obligations personnelles lourdes et exigences professionnelles, avec un sentiment de culpabilité fréquent. Pour les entreprises, l’enjeu est double : préserver la performance collective tout en renforçant leur engagement RSE et leur politique de qualité de vie au travail.

Quels sont les dispositifs existants pour soutenir les aidants ?

La loi française encadre plusieurs dispositifs permettant aux salariés aidants de bénéficier d’un aménagement de leur temps de travail ou de congés spécifiques :

  • Le congé de proche aidant, pour accompagner un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Il est de 3 mois renouvelable, dans la limite d’un an sur la carrière. Il peut être fractionné ou transformé en temps partiel, avec une indemnisation via l’AJPA (65,80 €/jour en 2025).
  • Le congé de solidarité familiale, pour accompagner un proche en fin de vie. Il peut durer jusqu’à 6 mois au total, indemnisé par l’AJAP (64,41 €/jour).
  • Le congé de présence parentale, pour les parents d’enfants gravement malades, victimes d’un accident ou en situation de handicap, indemnisé par l’AJPP.

À ces dispositifs légaux s’ajoutent des mesures d’entreprises comme le don de jours de repos entre collègues, le télétravail élargi, ou encore des aménagements d’horaires.

Comment l’entreprise peut-elle mieux accompagner ses collaborateurs aidants ?

Le premier levier reste la reconnaissance du statut d’aidant en entreprise. Cela passe par la sensibilisation des managers, la formation des équipes RH, mais aussi par la création d’un climat de confiance permettant aux salariés de parler sans peur d’être stigmatisés.

Les bonnes pratiques à mettre en œuvre sont multiples :

  • Identifier les signaux faibles (absences récurrentes, retrait, baisse d’engagement).
  • Écouter sans jugement, dans une posture bienveillante et confidentielle.
  • Informer sur les droits et aides disponibles, notamment via un référent interne ou une assistante sociale.
  • Adapter l’organisation du travail : flexibilité des horaires, télétravail, adaptation de la charge.

L’implication des managers est essentielle. En première ligne, ils peuvent repérer les fragilités, alerter les services RH et proposer des aménagements sans attendre une situation de rupture.

Vers une culture d’entreprise plus inclusive et bienveillante

Accompagner les salariés aidants ne relève pas uniquement d’une obligation sociale ou réglementaire. C’est aussi un choix stratégique. En intégrant pleinement cette réalité dans leur culture d’entreprise, les employeurs favorisent la fidélisation des talents, la réduction de l’absentéisme, et le renforcement de l’engagement collectif.

Mettre en place une politique aidants claire, accessible, et alignée sur les valeurs de l’entreprise, c’est aussi répondre aux attentes d’une société de plus en plus attentive à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.